5 Notre présent est celui du dérèglement climatique, de la fragilisation des écosystèmes par intensification de l’extraction des ressources terrestres, de l’accroissement des inégalités sociales, de l’extension de la puissance des technologies numériques. Abandonnés à leur dynamique actuelle, ces phénomènes, dont les conséquences pèsent déjà gravement sur nombre de vies humaines et autres qu’humaines, entretiennent leur propre aggravation, générant des menaces supplémentaires – telles l’exacerbation des conflits liés aux ressources vitales et la prolifération de logiques politiques fondées sur le repli, le chacun pour soi, la protection sélective des uns et l’abandon des autres. Parce que, nous le savons désormais, cette dynamique destructrice plonge ses racines dans un certain modèle de société – la « modernisation » sans modération promue par les grandes puissances du 20e siècle –, les « transitions » que nous avons à accomplir réclament plus que des solutions techniques, quelle que soit notre ingéniosité dans ce domaine : elles impliquent des transformations profondes, de nature éthique, qui touchent à nos manières de vivre, aux relations que nous entretenons avec la terre et ses autres habitants, à notre sensibilité, aux valeurs qui orientent nos actions et par conséquent au sens que nous donnons à nos choix collectifs. Aucune transition véritable n’aura lieu sans la réactivation d’un sens affirmé du bien commun et de l’intérêt général. Défi impossible pour certains, c’est un motif d’espoir et une réalité vivante pour d’autres, comme en témoigne l’élan renouvelé, bien présent jusque dans la littérature scientifique, pour des projets de société qui articulent contrat écologique, sobriété technologique, justice sociale, solidarité, approfondissement démocratique et bien-vivre partagé. Peut-être est-ce précisément ce sens éthique qui, à rebours de l’indifférence, de l’ignorance et de la résignation, donne le courage d’agir, la capacité d’imaginer des possibles désirables, le désir de construire des sciences et des techniques susceptibles de soutenir le changement dont nous rêvons. Parce que l’inscription des transitions dans une trajectoire viable et désirable réclame des politiques éclairées, responsables et portées par des valeurs, l’Université de Liège, à travers son plan stratégique, se reconnaît un double rôle : non seulement de promouvoir des connaissances rigoureuses et pertinentes, des sciences et des techniques créatives et attentives à leurs conséquences présentes et futures, locales et globales, mais aussi de contribuer, à travers la diversité des savoirs qu’elle cultive, au déploiement d’une réflexivité éthique, porteuse de sens et de valeurs partagées, dans le respect du pluralisme.
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