Sous l'occupation, le recteur Graulich déploie des trésors d'imagination pour empêcher des nazis d'enseigner à l'université, pour protéger les étudiants contre le travail obligatoire en Allemagne, pour défendre le matériel scientifique et les locaux des incursions allemandes. Cependant, les bombardements et incendies de 1944 détruiront notamment des bâtiments du Val-Benoît, l'institut de Physiologie, la bibliothèque de l'École supérieure des sciences commerciales et économiques...

Graulich

Né à Verviers le 3 août 1887, Léon Graulich  est proclamé docteur en Droit de l’Université de Liège en 1908. Il devient chargé de cours en 1912. La guerre interrompt ses activités académiques, mais il est nommé professeur extraordinaire dès 1919, et il accède à l’ordinariat en 1922.

45 générations d’étudiants suivront son enseignement éclatant, brillant. Outre le droit civil, il enseignera le droit international privé trente années durant, de 1927 à 1957. D’autres cours viendront enrichir sa charge au fil du temps et des successions académiques, mais leur relevé serait laborieux ici, retenons simplement qu’il fit partie des professeurs assurant la renommée de l’Université de Liège, et que la bibliothèque de la faculté de Droit porte son nom aujourd’hui est un signe vivant de cette mémoire.

Recteur entre 1939 et 1947, cet homme de loi est un recteur résistant sous l’occupation nazie. Les activités académiques sont alors maintenues, mais sous la vigilance et les pressions de l’occupant. Dès lors le recteur mène sa guerre, en contrant l’autorité tyrannique dans trois directions : la première est le souci de ne pas corrompre le corps professoral par l’intrusion de sbires du régime nazi. Les professeurs émérites deviennent subitement irremplaçables, tant leurs qualités pédagogiques sont grandes, et prolongés dans leur tâche, d’autant que la jeunesse wallonne qui a combattu reste enfermée dans les camps de prisonniers. La deuxième est l’attitude à adopter face à deux professeurs allemands parachutés par l’occupant pour y donner des cours libres. Ils ne seront guère fréquentés par les étudiants, la politique de l’auditoire vide est imparable. La troisième concerne un problème plus grave, à partir de 1943, susceptible de frapper les étudiants de première année, à savoir le travail obligatoire en Allemagne. Les associations étudiantes s’organisent pour contrer cette mesure. Le recteur Graulich met au point avec elles le vol dans son propre bureau des documents administratifs d’inscription des étudiants, le 17 mars 1943 dans la nuit. Que faire sans ces listes qui privent l’occupant de données précises sur la population estudiantine ?

Pour ne pas générer de nouvelles listes lors de la préparation des examens, ceux-ci sont présentés clandestinement, parfois dans des caves, par des étudiants devenus officiellement fantomatiques.

Sous l’occupation, Léon Graulich crée un service social, avec le soutien du Patrimoine de l’Université, en faveur des étudiants, en particulier ceux malgré tout identifiés pour être déportés. Démunis, clandestins dans leur propre pays, Léon Graulich ne les laisse pas tomber. Ce service perdurera après la guerre jusqu’à nos jours, dans l’esprit d’aider les étudiants en difficulté.

Enfin, en 1942, l’Université libre de Bruxelles ferme ses portes, c’est par centaines que des étudiants de l’ULB sont accueillis sans hésitation par Léon Graulich pour poursuivre leur cursus à l’Université de Liège.

En 1947, malade, il cède la place à Adolphe Braas qui achèvera son mandat.

1947 est aussi l'année du relèvement du site du Val-Benoît reconstruit, une nouvelle époque s’ouvre pour l’Université de Liège, tandis que Léon Graulich poursuit ses enseignements durant dix ans encore, jusqu’à son éméritat en 1957. Son départ sera honoré avec émotion. Il mourra en 1966, il n’est pas douteux que ce soit avec le sentiment du devoir accompli.

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Photo : Léon Graulich, photographie, s.d., Musée Wittert ULiège, inv. 4192

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