Astrophysicien, il découvre notamment la première molécule interstellaire et fut Président de l’Union Astronomique Internationale.

Polidore Swing Bio

P

olidore Swings, dit Pol, naît à Ransart près de Charleroi le 24 septembre 1906. Ses parents sont de condition modeste et ils n’envisagent sans doute pas des études supérieures pour leur fils nouveau-né. Mais le jeune Pol va se révéler un brillant élève tout au long de ses études primaires. Ses maîtres vont le remarquer et l’un d’eux en particulier va convaincre ses parents de le laisser poursuivre des études à l’athénée de Charleroi. Pol Swings dira d’ailleurs que c’est à la clairvoyance de ses maîtres et au sacrifice de ses parents qu’il doit sa carrière.

Des sacrifices, il faut en effet en consentir quand on entame des études secondaires en 1917, l’année la plus noire, la plus dure de l’occupation allemande. Le jeune Pol en prend sa part, s’épuisant dans de longues marches matin et soir pour suivre ses cours. Ce qui ne l’empêche nullement de réussir brillamment au point de décrocher en 1923, à la fin de ses humanités, la récompense spéciale du Gouvernement !

Désireux, suite à la lecture du livre de l’astronome Camille Flammarion, « Astronomie Populaire », de devenir astrophysicien, Pol Swings entame son doctorat en sciences physiques et mathématiques à l’Université de Liège. Etudes brillantes qu’il termine par un mémoire en mécanique céleste sous la direction de Marcel Dehalu, alors directeur de l’observatoire de Cointe.

L’école Swings

Après une année à Paris (1927-1928) au cours de laquelle il suit des cours à la Sorbonne, au Collège de France, à l’institut d’optique et surtout à l’observatoire de Meudon, il rentre à Liège, devient assistant de Dehalu et installe un petit laboratoire de spectroscopie à l’observatoire de Cointe, embryon d’un Institut d’Astrophysique qui ne cessa de se développer dans les années qui suivirent. En parallèle, il continue à se former en spectroscopie, particulièrement en Pologne, à l’Institut de physique de Varsovie. Docteur d’Etat en 1931, Pol Swings franchit pour la première fois l’Atlantique et se rend au Yerkes Observatory de l’université de Chicago. Il y découvre un pays et un mode de vie et de travail dont il restera toujours proche –il désigne ce pays comme « la patrie de l’astrophysique » - et il y fait la connaissance d’Otto Struve, génial astronome d’origine russe dont il deviendra l’ami et avec lequel il va collaborer pendant des décennies.

De retour à Liège en 1932, il est nommé chargé de cours et développe « son » Institut d’Astrophysique qui, sous son impulsion, va acquérir une réputation internationale.

Le jeune chercheur commence en effet à être reconnu, les publications se multiplient et, en outre, il se révèle un enseignant enthousiaste et un animateur infatigable. Il lance ainsi la tradition des séminaires du vendredi à l’Institut d’Astrophysique au cours desquels chercheurs et étudiants se côtoient. Mais surtout, le jeune professeur (il a été nommé en 1935) fait ce qu’il ne va cesser de faire jusqu’à son décès : repérer les meilleurs éléments parmi ses étudiants et leur établir des « plans de carrière », ne cessant de les recommander à l’un ou l’autre de ses nombreux contacts internationaux. Une « école Swings » se met alors en place.

En 1939, Pol Swings retrouve les USA –heureusement en compagnie de son épouse- et l’université de Chicago. Mauvaise période, bien entendu : les événements l’obligent à rester aux Etats-Unis durant plusieurs années. Jusqu’en 1943, il enseigne à Chicago tout en travaillant avec acharnement avec Otto Struve (ils cosigneront 34 publications entre 1940 et 1943 !), essentiellement sur les spectres d’étoiles dites chaudes dont ils vont identifier de nombreuses raies. Pol Swings gagne ensuite la Californie et participe à l’effort de guerre au sein de la Ray Control Company de Pasadena où il met ses connaissances en optique au service de l’amélioration des périscopes pour les sous-marins.

P.Swings Roi Bauduoin

Polidore Swings (à droite) avec la Reine Fabiola et le Roi Baudouin à l’Observatoire de Haute-Provence.
Astronome amateur, le Roi aimait observer les étoiles. © J.P. Swings

Organiser la recherche spatiale

L’après-guerre en Belgique est synonyme de reconstruction. Sans négliger ses recherches personnelles – il est Prix Francqui en 1948 - Pol Swings s’emploie à relancer les activités de l’Institut d’astrophysique et, en 1949, il crée les Colloques internationaux d’Astrophysique de Liège qui vont immédiatement s’imposer dans le paysage des réunions scientifiques internationales : plus de dix Prix Nobel y poseront leurs valises ! Tout en continuant ses recherches spectroscopiques sur les comètes et bien d’autres objets célestes (lire l’article ci-dessus), Pol Swings va poursuivre une carrière parallèle : celle d’infatigable organisateur de programmes de recherches dans le domaine spatial.

Dès avant la guerre, Swings avait été appelé à la fonction de secrétaire général de la commission 29 de l’Union Astronomique Internationale (UAI), celle consacrée à l’étude des spectres stellaires. Il en prendra la présidence après la guerre et sera bientôt membre de diverses autres commissions. Sa notoriété de scientifique et son travail au sein de l’Union lui valent d’en être nommé vice-président en 1952, poste qu’il occupe jusqu’en 1958. En 1964, il est élu président de l’Union pour la période triennale suivante (1967-1970). Sans doute la plus grande preuve d’estime que les astronomes confèrent à l’un des leurs !

Il fit aussi en sorte que l’observatoire de Haute-Provence, alors le plus grand observatoire en Europe, devienne un peu liégeois. Pol Swings y initia une collaboration qui permit à des générations d’étudiants et chercheurs liégeois de se familiariser avec le maniement des télescopes et l’observation des astres. Et cela, notamment, parce qu’il obtint le financement d’un télescope « belge » abrité dans une coupole de cet observatoire.

Mais ce que l’on sait sans doute moins, c’est ce que la Belgique doit à Pol Swings en matière de recherche spatiale. Il n’a en effet eu de cesse de fédérer les équipes belges au sein d’organismes internationaux. C’est grâce à lui que la Belgique est membre fondateur de toute une série d’organismes comme le COSPAR (Committee on Space Research) dès 1958, l’ESO (European Southern Observatory) en 1962 et en 1964 de l’ESRO (European Space Research Organisation) qui donne naissance en 1975 à l’ESA (Agence spatiale européenne). En 1962, il propose avec H.E. Butler de l’observatoire d’Edimbourg de construire un satellite emportant un télescope pour observer le ciel dans l’ultraviolet. Il confie alors à son assistant de l’époque, André Monfils, la tâche de mettre sur pied au sein de l’Institut d’Astrophysique un groupe de travail « Espace »  qui deviendra, sous la houlette de ce dernier, l’IAL Space d’abord, le CSL (Centre Spatial de Liège) ensuite.

Membre de nombreuses associations et institutions, dont l’Académie Royale de Belgique, lauréat de quantités de prix, Pol Swings s’éteint le 28 octobre 1983, laissant à l’Université de Liège un Institut d’Astrophysique qui continue à occuper une place enviable parmi les centres de recherche de ce type dans le monde.

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ses recherches

ses publications scientifiques


Références

  • Robert Halleux, Geert Vanpaemel, Jan Vandersmissen en Andrée Despy-Meyer (éds.), Histoire des sciences en Belgique, 1815-2000, Bruxelles : Dexia/La Renaissance du livre, 2001.
  • Notice sur Pol Swings, par P. Ledoux, Académie royale de Belgique, Annuaire 1988.
  • Swings, par Léo Houziaux, Nouvelle biographie nationale, tome 7, pp 331-336, 2003.
  • Swings, Curriculum vitae ; Liste et analyse des publications, s.d. Institut d’Astrophysique.
  • Pol Swings, par Guy Ronflette, in Chroniques ransartoises, fascicule 7, s.d., Cercle d’étude pour l’histoire de Ransart.

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