Scientifique, solidaire, bienveillante et engagée dans les défis de la période
Notre présent est celui du dérèglement climatique, de la fragilisation des écosystèmes par intensification de l’extraction des ressources terrestres, de l’accroissement des inégalités sociales, de l’extension de la puissance des technologies numériques. Abandonnés à leur dynamique actuelle, ces phénomènes, dont les conséquences pèsent déjà gravement sur nombre de vies humaines et autres qu’humaines, entretiennent leur propre aggravation, générant des menaces supplémentaires – telles l’exacerbation des conflits liés aux ressources vitales et la prolifération de logiques politiques fondées sur le repli, le chacun pour soi, la protection sélective des uns et l’abandon des autres. Parce que, nous le savons désormais, cette dynamique destructrice plonge ses racines dans un certain modèle de société – la « modernisation » sans modération promue par les grandes puissances du 20e siècle –, les « transitions » que nous avons à accomplir réclament plus que des solutions techniques, quelle que soit notre ingéniosité dans ce domaine : elles impliquent des transformations profondes, de nature éthique, qui touchent à nos manières de vivre, aux relations que nous entretenons avec la terre et ses autres habitants, à notre sensibilité, aux valeurs qui orientent nos actions et par conséquent au sens que nous donnons à nos choix collectifs.
Aucune transition véritable n’aura lieu sans la réactivation d’un sens affirmé du bien commun et de l’intérêt général. Défi impossible pour certains, c’est un motif d’espoir et une réalité vivante pour d’autres, comme en témoigne l’élan renouvelé, bien présent jusque dans la littérature scientifique, pour des projets de société qui articulent contrat écologique, sobriété technologique, justice sociale, solidarité, approfondissement démocratique et bien-vivre partagé. Peut-être est-ce précisément ce sens éthique qui, à rebours de l’indifférence, de l’ignorance et de la résignation, donne le courage d’agir, la capacité d’imaginer des possibles désirables, le désir de construire des sciences et des techniques susceptibles de soutenir le changement dont nous rêvons.
Parce que l’inscription des transitions dans une trajectoire viable et désirable réclame des politiques éclairées, responsables et portées par des valeurs, l’Université de Liège, à travers son plan stratégique, se reconnaît un double rôle : non seulement de promouvoir des connaissances rigoureuses et pertinentes, des sciences et des techniques créatives et attentives à leurs conséquences présentes et futures, locales et globales, mais aussi de contribuer, à travers la diversité des savoirs qu’elle cultive, au déploiement d’une réflexivité éthique, porteuse de sens et de valeurs partagées, dans le respect du pluralisme.
Dans sa mission de recherche, l’ULiège opte pour une vision renouvelée de la liberté académique. La latitude dont jouissent les chercheuses et les chercheurs doit être au bénéfice de savoirs créatifs, capables d’explorer les possibles ; de savoirs critiques, capables d’interroger et de refaçonner leurs propres méthodes et modèles ; de savoirs responsables, qui prennent le temps de sonder avec discernement les implications des choix sociotechniques ; de savoirs pertinents, capables de répondre aux besoins réels de la société. L’ULiège fait aussi le choix d’assurer son rayonnement régional et international par des engagements forts en matière de coopérations transdisciplinaires, d’Open science soutenable, d’intégrité scientifique et d’évaluation qualitative – autant de défis désormais bien identifiés par les communautés scientifiques les plus exigeantes, et qui sont aussi les leviers d’une restauration de la confiance des publics dans la recherche scientifique académique.
Dans ses missions d’enseignement, elle renouvelle son adhésion pleine et entière aux finalités que le législateur a données à l’université publique : accompagner les étudiantes et les étudiants dans leur rôle de citoyens responsables et actifs dans la vie professionnelle, sociale, économique et culturelle, à travers une formation au plus haut niveau aux enjeux des transitions ; promouvoir leur autonomie et leur épanouissement ; développer la curiosité scientifique, le sens critique, la conscience des responsabilités et des devoirs individuels et collectifs en encourageant les approches systémiques ; ouvrir des chances égales d’émancipation sociale à travers des politiques inclusives et de formation tout au long de la vie. Leviers privilégiés pour les transitions auxquelles nous aspirons, ces objectifs sont aussi les points de repère dans l’évolution technologique et pédagogique de nos programmes d’enseignement et de formation.
Dans sa mission de service à la collectivité, enfin, l’ULiège entend consolider la réciprocité qui, en sa qualité de service public, la relie à la société tout entière. En tant que communauté de travail académique et administratif et en tant que communauté éducative, elle s’engage à faire évoluer les pratiques dans une direction de plus en plus conforme au contrat démocratique : participation, transparence, inclusion, équité, lutte contre les discriminations et violences systémiques, solidarité, bien-être de chacun quel que soit son statut. En tant qu’espace de vie et de travail inscrit dans des territoires spécifiques – villes et campus –, elle aménage ses infrastructures comme des laboratoires de la transition écologique. Comme communauté où s’élaborent les connaissances scientifiques fondamentales et appliquées, elle mise sur l’ouverture, le partage et la participation – la rencontre avec d’autres modalités de la connaissance, avec l’expérience vécue ou encore les pratiques artistiques. Au-delà de la simple « vulgarisation » ou du seul « transfert » unidirectionnels des connaissances, elle poursuit ainsi l’ambition de contribuer autrement à l’intelligence publique des sciences.
Face aux défis colossaux, présents et futurs, qui sont devant nous, les actions et les engagements qui font vivre le rêve d’un monde habitable pour tous existent. Il nous appartient maintenant de créer les scenarios souhaitables et de leur donner une chance d’avenir.
Missions des universités de la Communauté française de Belgique
L’université de Liège est une université publique d’intérêt général qui dépend, ainsi que son personnel, de la Communauté française et assume, dans une perspective d’excellence et de qualité, les trois missions complémentaires suivantes :
- participer à des activités individuelles ou collectives de recherche, d’innovation ou de création, et assurer ainsi le développement, la conservation et la transmission des savoirs et du patrimoine scientifique, culturel et artistique ;
- offrir des cursus d’enseignement et des formations supérieures initiales et continues et certifier les savoirs et compétences acquis ;
- assurer des services à la collectivité, grâce à leur expertise pointue et leur devoir d’indépendance, à l’écoute des besoins sociétaux, en collaboration ou dialogue avec les milieux éducatifs, sociaux, culturels, économiques et politiques.
Ces différentes missions s’inscrivent dans une dimension essentielle de collaborations et d’échanges internationaux.