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Publication dans New England Journal of Medicine

Grâce à leur collaboration, deux équipes médicales de Liège et Cambridge ont découvert qu'un patient, considéré comme étant en état végétatif pendant cinq ans, pouvait communiquer par des réponses «oui» et «non» uniquement par sa pensée. Les chercheurs du Coma Science Group de l'Université de Liège et du CHU de Liège ont travaillé avec l'Unité « Medical Research Council's Cognition and Brain Sciences » de l'Université de Cambridge pour développer une nouvelle méthode permettant à des patients, incapables de bouger ou de parler, de communiquer avec le monde extérieur via les nouvelles technologies de scanner cérébral. Les résultats sont publiés cette semaine dans New England Journal of Medicine.

En 2003, un homme âgé de 29 ans survit à un grave accident de la route. Rapidement, il se réveillera de son coma et sera considéré pendant cinq ans comme étant en état végétatif. Grâce à la technique d'Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle (IRMf), l'activité cérébrale de ce patient a été enregistrée, au CHU de Liège, lorsqu'il répondait par « oui » ou « non » à des questions simples telles que « Est-ce que votre papa s'appelle Thomas ? ». Précédemment, chez des personnes saines, n'étant pas en état végétatif, cette nouvelle technique a permis de décoder les réponses cérébrales avec une précision de 100%. C'est cette technique qui a été testée pour la première fois chez ce patient qui ne pouvait ni parler, ni bouger pour exprimer ce qu'il ressentait.

Ce patient a été examiné par l'équipe du Coma Science Group, dirigée par le Pr Steven Laureys, confirmant ainsi que, en dehors du scanner, le patient était totalement incapable de communiquer. « Nous étions atterrés lorsque nous avons vu les résultats du scanner du patient », déclare le Dr Owen de Cambridge, « Il était capable de répondre correctement à des questions, et cela simplement en modulant ses pensées, qui étaient ensuite décodées par l'IRMf ».

ComascienceScannerCe résultat étonnant figure parmi les conclusions d'une étude réalisée sur trois ans par les équipes de Liège et Cambridge, au cours de laquelle 23 patients diagnostiqués comme étant en état végétatif ont été scannés. Cette nouvelle technique d'IRMf a permis de détecter des signes de conscience chez quatre d'entre eux (17%). Le plus surprenant fut donc lorsque les scientifiques utilisèrent cette méthode pour essayer de communiquer avec l'un des patients et qu'ils découvrirent que ce patient pouvait répondre par « oui » ou « non » simplement en changeant l'activité de son cerveau. « Ce scanner n'a pas seulement confirmé que le patient n'était pas en état végétatif, mais pour la première fois en cinq ans, il a permis à ce patient de communiquer ses pensées avec le monde extérieur », déclare le Dr Martin Monti de Cambridge.

Cette découverte soulève d'importantes questions d'ordre clinique. « Par exemple, des patients conscients, mais ne pouvant ni bouger, ni parler pour exprimer leur ressenti, pourraient être interrogés sur leur douleur, permettant ainsi au personnel médical d'adapter leur prise en charge analgésique », déclare Audrey Vanhaudenhuyse, neuropsychologue dans l'équipe de Liège. « Cependant, il est très important de souligner que cette découverte ne veut pas dire que tous les patients en état végétatif sont conscients. Cette recherche met en évidence que sur l'ensemble des patients étudiés ici, le scanner a pu détecter des signes de conscience chez quatre d'entre eux, signes qui n'étaient pas évidents lors des évaluations cliniques », déclare le Dr Owen.

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Le Pr Steven Laureys insiste : « Ce n'est encore qu'un début, mais cette technique pourrait permettre aux patients d'exprimer leurs sentiments, prendre des décisions sur leur prise en charge et améliorer leur qualité de vie ».

Steven Laureys - Audrey Vanhaudenhuyse. (c) ULg M. Houet

 

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Reportage sur les recherches de l'équipe de Steven Laureys

Un reportage de Daniel Bay

 
A l'attention de la rédaction :

1. L'article « Willful Modulation of Brain Activity in Disorders of Consciousness » est publié dans le New England Journal of Medicine le 3 février 2010.

2. Ces études sont le résultat d'un effort de collaboration entre les équipes de Liège et de Cambridge. L'équipe multidisciplinaire (Neurologie, Neuroradiologie, Neurochirurgie, Anesthésie Psychologie, Médecine de Revalidation, ainsi que des invités scientifiques de toute l'Europe) du Coma Science Group, du Centre de Recherches du Cyclotron de l'Université de Liège et du Département de Neurologie du CHU de Liège ont pour but d'améliorer la prise en charge médicale et la compréhension des états de conscience altérée, tels que le coma, l'état végétatif, l'état de conscience minimale et le locked-in syndrome, apparaissant suite à accident cérébral. Des patients de toute l'Europe sont envoyés à Liège pour un court séjour d'hospitalisation, dans le but d'une mise au point diagnostique, pronostique et thérapeutique. Les techniques expérimentales incluent les outils d'imagerie cérébrale à la pointe, des études neuropsychologiques réalisées sur une grande population de patients, ainsi que des études réalisées sur des volontaires sains sous anesthésie générale et en hypnose. L'ensemble des résultats de ces travaux sont alors rapportés à la réalité clinique, permettant ainsi une meilleure compréhension des pathologies et des stratégies de revalidation. Le Coma Science Group est financé par les Fonds National de la Recherche Scientifique Belge (FNRS), le Fonds Médical Reine Elisabeth, l'Action de Recherches Concerté, SPF Santé Publique, l'Université de Liège et le CHU de Liège, la Commission Européenne (Decoder, Mindbridge, Discos & COST actions), la fondation Mind Science et la fondation James S. McDonnell.

3. L'Unité MRC Cognition and Brain Sciences de Cambridge s'intéresse aux processus cognitifs humains fondamentaux, tels que l'attention, la mémoire, le langage et l'émotion. Le groupe de Cambridge est financé par les fonds "Smiths Charity (Academic Neurosurgery) an MRC Acute Brain Injury Programme Grant", "Translational Grant from the MRC" et la fondation James S. McDonnell. L'Hôpital « Wellcome Trust Clinical Research Facility at Addenbrookes » prend en charge les patients présentant un trouble de la conscience provenant de plusieurs institutions du Royaume-Uni. Le « Medical Research Council (MRC) » est financé par les contribuables du Royaume-Uni, le but étant d'améliorer la santé humaine. Le MRC a financé des travaux qui ont mené à certaines des plus importantes découvertes en médecine au Royaume-Uni. Le Wolfson Brain Imaging Centre est un centre de recherches directement rattaché à Addenbrooke's Hospital Neuro Critical Care Unit de Cambridge, et est dédié à l'imagerie cérébrale.