Passionné par les questions autour de la formation de l’œuf, de la fécondation et des premières étapes du développement de l’embryon, Edouard Van Beneden découvre en 1883 le processus de, ce qu’on appellera plus tard, la méiose.

Van-Beneden-Bio

 

É

douard-Joseph-Louis-Marie Van Beneden nait à Louvain le 5 mars 1846 et décède à Liège le 28 avril 1910. Il est le fils de Pierre-Joseph Van Beneden (1809-1894), éminent zoologiste et professeur à l'Université de Louvain qui fonde à Ostende la première station de recherches marines au monde.

Édouard Van Beneden est le seul fils d'une famille de cinq enfants. Après des études primaires au Collège du Roi de l'Université de Louvain, il fait ses humanités en internat au Collège du Petit Séminaire de Saint-Trond, conformément aux habitudes catholiques de la famille. Il regagne sa famille à Louvain en 1863 après avoir brillamment obtenu son diplôme de rhétoricien. Doué pour les mathématiques, il n'a cependant pas encore pris sa décision quant au choix de ses futures études. En 1865, il se décide pour la biologie après avoir observé au microscope des préparations de vers parasites effectuées par son père.

Une rapide ascension

Il se dirige rapidement vers l'embryologie et la zoologie, fasciné par les découvertes de Théodore Schwann ainsi que par les théories de Lamarck et Darwin. Très vite, il acquiert une indépendance vis-à-vis des théories scientifiques de son père, fixiste (1),  ainsi que de ses croyances, tout en travaillant dans le même domaine. Fin des années 1860 et au début des années 1970, Édouard Van Beneden voyage, particulièrement en Allemagne où il s’inspire du meilleur enseignement de l'époque. Son mémoire de 1868, « Recherches sur la composition et la signification de l’œuf », sur le comportement de l'œuf dans les différentes classes du règne animal, qui fut écrit en partie en Allemagne, lui vaut d'être élu membre de l'Académie royale de Belgique. Il y démontre que, chez tout animal, les œufs sont des cellules et que tout être est donc issu d’une unique cellule et se développe par multiplication de celle-ci.

Son ascension est ensuite extrêmement rapide. Il enseigne dès 1870 et dispense les cours d'éléments de zoologie, de zoologie, d'anatomie et de physiologie comparées. Édouard Van Beneden va être un excellent enseignant et il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie. De Chargé de cours, il passe Professeur extraordinaire en 1871 puis Professeur ordinaire en 1874 alors qu’il n’a que 32 ans. Il devient correspondant de l'Académie royale de Belgique en 1870 et membre en 1872. Il reprend le cours d'embryologie de Théodore Schwann à la mort de ce dernier. Il refusera par deux fois le poste de Recteur, sachant qu’il n'aurait pas eu l'indépendance d'action nécessaire aux réformes qu’il souhaitait entreprendre.

En 1872, Van Beneden part au Brésil, dans la baie de Rio de Janeiro, où il découvre une nouvelle espèce de dauphin(2). En 1879, il explore seul les côtes de Norvège puis il renouvelle le voyage l'année suivante avec l'un de ses disciples, Charles Julin, afin d'enrichir les collections zoologiques de l'Université de Liège. En 1880, il crée un périodique avec Charles Van Bambeke ; Les Archives de biologie(3)où seront entre autres publiés ses travaux ainsi que ceux de ses élèves.

À partir de 1883, il publie une série de papiers sur l'oeuf d'Ascaris megalocephala (un ver parasite du cheval). Il va observer minutieusement les mécanismes de maturation de l’œuf et mettre à jour le processus de réduction chromatique, la méiose, qui produit les gamètes mâles et femelles. Etant entendu que l’œuf et le spermatozoïde ne sont chacun que des demi-cellules, le processus de fécondation de l’œuf devient clair. Il démontre qu’il s’agit de  la fusion de deux demi-noyaux cellulaires (mâle et femelle) contenant chacun la moitié du nombre de chromosomes qui résulte en une cellule comprenant le nombre normal de chromosomes de l’espèce. Il découvre ainsi le mécanisme de l’hérédité. En 1887 il fait la seconde grande découverte de sa carrière en décrivant, dans un travail richement illustrés par des schémas et microphotographies, ce qu’il appelle le corpuscule central (centrosome) et son comportement lors de la division cellulaire. A ses travaux s’ajoutent également ses recherches sur le développement de l’embryon et en particulier l’ontogenèse des mammifères.

Après 1890, Van Beneden publie moins souvent, il ne cesse de reporter ses publications pour les peaufiner, les jugeant sans cesse trop incomplètes pour être publiées. Il se retire de plus en plus souvent à la campagne dans son château de Ramelot-en-Condroz. En 1909 il est fait Docteur Honoris Causa de l’Université de Cambridge lors des Darwin celebrations(4).

Édouard Van Beneden décède le 28 avril 1910 d'une paralysie ascendante de Landry (polynévrite infectieuse), dont il a lui-même posé le diagnostic trois jours avant sa mort. Chose peu banale, il décède sur un lit de camp installé dans son laboratoire personnel de l'Institut de zoologie. Ayant planifié auprès de quelques proches disciples le devenir de ses travaux après sa mort, ceux-ci furent publiés à titre posthume encore longtemps après son décès (jusqu'en 1940 !), conformément à ses directives.

Un Professeur hors pair

Professeur hors pair en plus d’être un savant renommé, l’enseignement de Van Beneden est internationalement reconnu. Excellent pédagogue, il va former plusieurs générations d’étudiants en sciences naturelles et exercer ainsi une influence considérable. Ses initiatives vont profondément influer sur le développement de l'Université de Liège: introduction de la biologie dans les études médicales, création de laboratoires et construction de l’Institut de zoologie.

Il emmène souvent ses étudiants dans les stations zoologiques de Concarneau (Bretagne), d'Ostende, de Ville-Franche sur mer (Provence-Alpes-Côte d'Azur), de Naples et Trieste. La station zoologique de Naples, fondée en 1872 par Dohrn, renferme, outre les laboratoires et les nombreux aquariums, l'une des plus complètes bibliothèques concernant la zoologie marine. En 1880, l'Académie des Sciences demande au gouvernement belge de louer un emplacement dans cette station zoologique où, dès l'année suivante, une quarantaine de scientifiques belges mèneront des expériences, participant ainsi aux progrès scientifiques dans le domaine de la zoologique en Belgique.

Une importante école d'embryologie comparée et expérimentale se constituera à Liège autour d’Edouard Van Beneden, et persistera après sa mort.

Les conséquences de ses découvertes

Thomas Hunt Morgan, biologiste américain, a permis d'expliquer la théorie de Mendel, entre autres grâce à la théorie de la méiose découverte par Van Beneden. La méiose était ainsi le début de l'explication de la variabilité dans une espèce (théorie chromosomique de l'hérédité), c'est-à-dire les débuts de la génétique moderne.

Édouard Van Beneden est aussi à l'origine de l'ichthyologie liégeoise, c'est-à-dire l'étude des poissons, et donc de tous les laboratoires modernes affiliés à l'ULg : l'Aquarium-Muséum, la station de recherches sous-marines et océanographiques de Calvi, en Corse, le centre de formation et de recherches en aquaculture, le laboratoire de morphologie fonctionnelle et évolutive, l'unité de biologie du comportement, le laboratoire de biologie moléculaire et de génie génétique, le laboratoire d'immunologie – vaccinologie.

Ses récompenses et distinctions

  • Prix quinquennal des sciences (1871, 1887 et 1891)
  • Prix Serres de l'Institut de France (1882)
  • Président de la Classe des Sciences de l'Académie de Belgique (1902)
  • Docteur honoris causa des universités d'Iéna, Leipzig, Oxford, Cambridge, Édimbourg et Bruxelles
  • Membre correspondant de l'Institut de France, de l'Académie des Sciences de Berlin, de Vienne et de Strasbourg
  • Associé étranger de l'Accademia dei Lincei à Rome
  • Membre des Académies de Munich, Lisbonne, Bologne, Philadelphie, Copenhague, Leopoldiana-Carolina des Curieux de la Nature à Halles,
  • Membre de l'Institut national de Genève
  • Membre d'honneur de la Société de Biologie de Paris
  • Membre d'honneur de la Société impériale des Naturalistes de Moscou
  • Membre d'honneur de l'Institut Senkenberg à Francfort
  • Officier de l'Ordre de Léopold
Aquarium-Van-Beneden

L’Institut de zoologie

Dès la moitié du 19ème siècle, l’Université de Liège, en plein essor, commence à souffrir d’un manque d’espace et de lieux adaptés à son enseignement (amphithéâtres, laboratoires…). Des professeurs vont militer activement pour la modernisation de l’université mettant en avant le caractère indispensable de l’enseignement et de la recherche pour le développement de la société. Parmi eux, Edouard Van Beneden.

En 1870, le Conseil académique obtient de la ville de Liège la promesse que de nouveaux bâtiments seront construits. Mais il faudra attendre 1879 pour voir ce projet se concrétiser. D’une part le ministre Frère-Orban va permettre aux universités de Liège et de Gand de recevoir un crédit de l’Etat afin qu’elles puissent se doter d’installations scientifiques à la hauteur de leur mission. D’autre part Louis Trasenster, promu au rectorat, va entreprendre la mise en œuvre de cette modernisation et faire ériger huit instituts scientifiques distincts, sur le modèle des Instituts allemands : l’Institut d’astronomie (1882), l’Institut de pharmacie (1883), l’Institut de botanique (1883), l’Institut d’anatomie (1885), l’Institut de physiologie (1888), l’Institut de zoologie (1888) et les deux Instituts de chimie (1888). Les Instituts d’anatomie, de physiologie et de zoologie seront construits en Outremeuse, sur l’ancien domaine de l’Hospice des Incurables.

La supervision de la construction de l’Institut de zoologie est confiée à Edouard Van Beneden, nommé à la chaire de Zoologie, qui en devient ainsi le fondateur. Il établit lui-même le cahier des charges de 1873 à 1878. L’ouvrage est exécuté par l’architecte Lambert Nopius et les travaux dureront de 1885 à 1888. Cette supervision vaudra à Van Beneden un procès avec l'État belge pour dépenses injustifiées qui sera tranché en sa faveur par Léopold II lui-même.

Le bâtiment renferme un grand auditoire, des amphithéâtres, des laboratoires, une bibliothèque, les collections d’animaux invertébrés, le Musée des vertébrés, et des salles de travaux pratiques. Sur le fronton de l’entrée principale,  Edouard Van Beneden fait placer le buste de Charles Darwin, un médaillon représentant Théodore Schwann et un médaillon figurant son père, Pierre-Joseph Van Beneden.

En 1920, la partie du quai des Pêcheurs située entre le boulevard Saucy et la rue Grétry est  nommée quai Edouard Van Beneden, un médaillon-portrait du grand savant est encastré dans l’amphithéâtre et sa statue, œuvre du sculpteur Braeke, est placée à l’entrée de l’Institut qui portera désormais son nom.

Dans les années 50-60, Marcel Dubuisson, Directeur de l’Institut puis Recteur de l’ULg en 1954, fait rénover et agrandir le bâtiment. La statue de Théodore Schwann, père de la théorie cellulaire est inaugurée à gauche de l’entrée. Il commande une fresque à Paul Delvaux afin d’orner le hall d’entrée de l’Institut qui accueillera, en sus d’un amphithéâtre de 500 places, le Musée de zoologie et l’Aquarium, signe d’une volonté d’ouvrir l’Institut au public. En 1980, s’y ajoute la Maison de la Science dans l’aile droite du bâtiment, poursuivant ainsi cette œuvre de vulgarisation et de présentation ludique de la science au grand public.

Blashka-Van-Beneden

Renilla muelleri, un octocoralliaire des mers tropicales. Modèle n° R.E. 11215 à l'inventaire  / ©Aquarium-Muséum, Jacques Ninane

Les Blaschkas

Derrière ce nom de Blaschka se cache une famille de maîtres-verriers allemands à l'origine d'une grande collection de reproductions d'animaux et de végétaux en verre coloré. Les premiers modèles n'étaient pas parfaits car ils se basaient uniquement sur des dessins et des descriptions parfois peu précis. Van Beneden, ayant besoin d'illustrer ses leçons, commanda une série de 77 modèles d'invertébrés sélectionnés dans le catalogue des Blaschkas de 1885. En effet, pour les musées et l'enseignement, il importait de pouvoir montrer les animaux marins dans une forme qui les rapproche de la réalité.

Une exposition permanente dans l'espace Blaschkas de l'Aquarium-Muséum permet de présenter 49 modèles sur les 77 commandés initialement. Ces exemplaires ont été restaurés par Isabelle Pirotte, restauratrice spécialisée en verre et sont présentés dans des caissons hermétiques, éclairés par LED et fibres optiques afin de les préserver de la chaleur. Une vidéo diffusée en continu dans l'espace Blaschkas illustre ce travail.

Cette biographie a été rédigée par Mathieu Leyder et l’équipe de l'ULiège Library.

(1) Doctrine qui prône l’immuabilité de la nature au cours du temps
(2)Mémoire sur un dauphin nouveau de la baie de Rio de Janero, désigné sous le nom de Sotalia brasiliensis (lien http://orbi.ulg.ac.be/handle/2268/160192 )
(3) Vol 2, 6 et 10 disponibles sur http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/7336
(4) http://www.vliz.be/imisdocs/publications/224253.pdf

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Références bibliographiques

  • BRAAS, A., et al. Le centenaire d'Edouard Van Beneden : 1846-1946. S.l. : s.n., 1946, 57 p.
  • BRACHET, Albert. Edouard Van Beneden. 1846-1910. Avec le portrait du défunt. Dans : Anatomischer Anzeiger, Jena, t. XX, 1910, p. 246-255.
  • BRACHET, Albert. « Notice sur Édouard Van Beneden : membre de l'Académie : né à Louvain le 5 mars 1846, décédé à Liège le 28 avril 1910 ». Dans : Annuaire de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique: 1846-1932. Bruxelles : Académie royale de Belgique, 1923, p. 166-242.
  • DAMAS, Désiré. « Édouard Van Beneden : 1870 ». Dans : HALKIN, Léon. Liber Memorialis : L'Université de Liège de 1867 à 1935 : notices biographiques Tome 2 Faculté des Sciences, Ecoles spéciales, Faculté technique. Liège : Rectorat de l'Université de Liège, 1936, p. 88-101.
  • DE BONT, Raf. « Evolutionary morphology in Belgium : the fortune of the “Van Beneden School”, 1870-1900 ». Dans : Journal of the History of Biology, Berlin, vol. 41, 2008, p. 81-118.
  • DE WINIWARTER, Hans. « Édouard Van Beneden ». Dans : Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. Biographie nationale. Bruxelles : E. Bruylant, 1936-1938. Vol. 26, p. 174-184.
  • FREDERICQ, Léon. « Nécrologie : Édouard Van Beneden ». In : Revue générale des Sciences pures et appliquées, Paris, n°10, 30 mai 1910, p. 409-410.
  • HALLEUX, Robert, et al. « L'évolution des sciences et des techniques en Wallonie – (1995) ». In : Institut Destrée. Institut Destrée (consulté le 01/08/2013).
  • HAMOIR, Gabriel. La découverte de la méiose et du centrosome par Edouard Van Beneden. Bruxelles : Académie royale de Belgique = Koninklijke Academie van België, 1994. (Mémoires de la Classe des sciences. Académie royale de Belgique), 128 p.
  • HAMOIR, Gabriel. La révolution évolutionniste en Belgique : du fixiste Pierre-Joseph Van Beneden à son fils darwiniste Edouard. Liège : Editions de l'Université de Liège, 2002. 189 p.
  • MARGÉ, Guillaume et HOUBIN, Céline. Station biologique de Roscoff : inventaire de la flore et la faune marine (consulté le 01/08/2013).
  • MARS Network. Photo gallery : marine stations”. In : MARS Network. MARS Network (consulté le 01/08/2013).
  • SEYS, Jan. Communiqué de presse : retour sur une première mondiale ostendaise. Ostende : VLIZ, 2010. 2 p.
  • Université de Liège. Ichthyology at the University of Liège. Texte imprimé, 2012, 5 p.
  • VLIZ Wetenschatten [sic]. Edouard Van Beneden. Wetenschatten [sic] - Historische figuren van het zeewetenschappelijk onderzoek. Vlaams Instituut voor de Zee (VLIZ): Oostende, 2011. (VLIZ information Sheets, 133), 10 p.
  • WANSON, Sonia, et al. Blaschka : maîtres et modèles. Liège : Presses Universitaires de Liège, 2012. 45 p.
  • WANSON, Sonia. Historique de l'Aquarium « Marcel Dubuisson ». Liège : Aquarium-Muséum ULg, 2009. 11 p.
  • WANSON, Sonia. Historique de l'Institut de Zoologie « Édouard Van Beneden». Liège : Aquarium-Muséum ULg, 2008. 9 p.
  • WANSON, Sonia. Historique du Musée de Zoologie. Liège : Aquarium-Muséum ULg, 2008. 7 p

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