Le successeur de Trasenster à la charge rectorale, le gynécologue Adolphe Wasseige, critique avec force l'admission des jeunes filles à l'université et s'oppose énergiquement à leur accès aux études de médecine.

Wasseige

Promu docteur en Médecine en 1854, Adolphe Wasseige (1827-1889) obtient en 1862 la succession du professeur Jacques Simon, titulaire de la chaire d’obstétrique à l’Université de Liège. Tout en menant de front une carrière privée et son enseignement à l’Université, Wasseige multiplie les publications scientifiques – son traité des opérations obstétricales (1881) devient une référence pour tous les praticiens – et la mise au point d’instruments visant à faciliter l’extraction de l’enfant lors de l’accouchement (lamineur céphalique, crochet mousse articulé…).

Membre fondateur de la Société médico-chirurgicale de Liège, il siège également à l’Académie royale de Médecine (1881) et préside la Commission médicale de la Province de Liège.

Prenant la suite de Trasenster comme recteur de l’Université de Liège (1885-1888), Wasseige en profite pour manifester bruyamment son opposition à l’entrée des femmes à l’Université. Ses discours témoignent d’une vision aux antipodes de celles de son progressiste prédécesseur. Le gynécologue y déploie la plupart des stéréotypes relatifs à l’infériorité naturelle de la femme qui déterminerait de manière inéluctable son rôle particulier dans la société. Il fait ainsi de son maintien dans son rôle de mère au foyer le garant de l’ordre social.

Extraits de son discours de rentrée académique en 1886
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« Ce n’est pas à tort que l’on désigne les deux moitiés de l’humanité par les noms de sexe fort et de sexe faible [...]. Tout son organisme [de la femme] est adapté à cette mission dominante [conservation de la race] et caractéristique à laquelle se rattachent directement et intimement toutes les qualités de la femme, et ce que l’on est accoutumé à appeler défauts.»

«Vers l’âge de 12 à 15 ans, les signes extérieurs de la différence des sexes s’accentuent davantage ; chez l’un et l’autre, s’achève l’élaboration qui les prépare à leurs rôles respectifs ; ils entrent dans une crise physiologique qui retentit sur toutes leurs facultés : intelligence, caractère, état général. Cette crise est d’une intensité particulière chez la jeune fille ; elle réclame toute la sollicitude maternelle et, bien souvent, le secours de l’art médical. […] Le système nerveux surtout est soumis à leur influence [phénomènes internes] : la femme devient physiquement et moralement irritable ; elle est sujette à des troubles morbides qui la condamnent souvent à l’inactivité. […] Les fatigues de toute nature, les émotions et même de simples contrariétés aggravent parfois les symptômes au point de commander le repos le plus complet ».

« Qui donc oserait, après un seul instant de réflexion, soutenir qu’il n’y a aucun danger, ni même inconvénient à réunir les étudiants des deux sexes dans les amphithéâtres de dissection, dans les hôpitaux ; à les laisser se livrer en commun aux exercices pratiques que comporte leur éducation professionnelle ; à procéder devant un auditoire mixte à des démonstrations d’anatomie, de physiologie, de médecine, de chirurgie et d’obstétrique ? ».

« Tout ce qu’on peut dire, c’est que, depuis quelque temps, en vertu du silence de la loi, nos universités sont devenues des établissements mixtes. En vertu de la règle qui, depuis dix ans, place sur le même niveau, pour l’accession aux études universitaires, l’ignorance et l’instruction, les deux sexes s’y trouvent mêlés. […] cette promiscuité, dangereuse à plus d’un titre, éveille en moi un sentiment de tristesse […] »

« […] ces individualités avides de science, que tourmente le désir de tout étudier et de tout connaître »

«[…] ces esprits ambitieux qui ne voient dans le titre qu’ils cherchent à acquérir qu’un moyen de paraître supérieur »

Adolphe Wasseige, Discours de rentrée, Liège, Ch. A. Desoer, 1886

Les discours de réouverture des cours du Recteur wasseige

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Illustration :Lambert Salme, À Monsieur Ad. Wasseige, Professeur à l'Université de Liège , lithographie, 1868, Musée Wittert ULiège,inv.2960.

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