Marcel Dubuisson est choisi comme recteur en 1953, au moment où deux lois vont considérablement modifier la configuration des universités d'État. Le mandat de recteur passe aussi à 4 ans. Dubuisson en exercera quatre et demi, puisqu'il démissionnera en 1971. Une de ses grandes réalisations est incontestablement la création du campus du Sart Tilman.

Dubuisson

Né à Olsene le 5 avril 1903, Marcel Dubuisson fait ses études et commence sa carrière à l’Université de Gand. Il devient docteur en Sciences zoologiques en 1925. Assistant dès l’année suivante, il est chef de travaux en 1928 dans le service d’anatomie de la faculté de Médecine de Gand. Entretemps, il accepte une charge à l’École des Hautes Études (1926-1931). Il obtient aussi un mandat de chercheur qualifié du FNRS en 1928.

Mais la suite de sa carrière se déroulera à Liège où, en 1931, il décroche une charge de cours en Biologie générale à destination des étudiants en licence de sciences chimiques. S’il met un modeste pied à l’étrier à Liège, c’est parce que l’environnement scientifique est réputé en matière de zoologie, dont l’Institut est animé par de brillantes personnalités depuis le professeur Van Beneden.

En 1936, il est nommé professeur ordinaire, mais la guerre fracasse sa carrière. Considéré comme dangereux par l’occupant, il est interdit d’enseignement et incarcéré en 1941. En 1947, après ces années pénibles, le professeur Désiré Damas, admis à l’éméritat, libère ses enseignements en zoologie, et c’est Marcel Dubuisson qui devient son principal héritier.

Spécialiste de la physiologie de la musculation, Marcel Dubuisson se taille une réputation internationale en la matière, soulignée par de nombreuses distinctions. De même, il n’est pas possible ici d’évoquer l’étendue de son réseau scientifique et des structures dont il sera membre, comme par exemple l’Académie royale de Belgique ou la Physiological Society de Londres.

Mais bientôt l’homme de science laisse apparaître la stature d’un puissant recteur, à la longévité exceptionnelle. Choisi pour la plus haute fonction académique en 1953, il sera réélu à quatre reprises, soit 18 années de rectorat sans interruption, jusqu’en septembre 1971. Il va littéralement porter le destin de l’Université de Liège de l’après-guerre jusqu’à la fin des Golden Sixties.

Sur une aussi longue durée, son action rectorale porte forcément dans plusieurs directions, dont on peut relever parmi les principales la stimulation des activités culturelles au sein de l’Université, avec notamment la Chorale universitaire, ou le développement d’une station océanographique à Calvi en Corse (Stareso), et dans ce contexte de soutien à l’océanographie, à l’initiative du recteur Dubuisson, une importante mission scientifique liégeoise sera menée en 1967 à la Grande Barrière de corail au large de l’Australie. Dès 1952, Dubuisson initie la rénovation de l’Institut de zoologie et un aquarium ainsi qu’un musée sont accessibles au public à partir de 1963.

Dans un contexte de rôle international accru de l’Université de Liège, Marcel Dubuisson s’implique beaucoup en Afrique centrale, au Congo, en participant à la création de l’Université d’Élisabethville –aujourd’hui Lubumbashi– en 1955. L’année suivante, le recteur jette les bases de la Fondation de l’Université de Liège pour les recherches scientifiques en Afrique centrale (FULREAC).

Mais son grand œuvre sera la conception et la création du campus du Sart Tilman sur les hauteurs de Liège, un espace gigantesque en pleine nature entièrement nouveau consacré à la recherche, au développement et à la diffusion du savoir, et aux interactions avec le monde des entreprises.

Marcel Dubuisson est devenu recteur la même année que la fameuse loi de 1953 modifiant l’organisation universitaire en Belgique et donnant une plus grande autonomie à l’Université de Liège et à son Conseil d’administration. Il démissionne de son poste de recteur quelques jours avant la loi de mars 1971 qui réforme les conseils d’administrations des universités dans la foulée des événements de 1968, une loi qui en cache une autre en matière de mode de financement modifié des universités, calculé en fonction du nombre d’étudiants. Ouvertement hostile à cette nouvelle réalité du paysage universitaire, Marcel Dubuisson tire sa révérence. Ce monde qui vient n’est plus le sien.

Il meurt à Liège le 25 octobre 1974.

 

Extrait de son discours de rentrée académique de 1959
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J'adresse mon admiration aux étudiants qui suivent les cours théoriques debout, assis par terre ou dans les couloirs, à ceux qui assistent aux travaux pratiques dans des locaux où, par l'insuffisance des ventilations, des fumées toxiques leur arrachent des toux irritantes, ...

aux professeurs et assistants qui poursuivent dans une misère de locaux indescriptible des recherches qui font honneur à notre Maison, en se servant d'instruments protégés contre les chutes de plâtras par des étançons et des bâches. Que de grandeur dans cette affreuse misère!

Extrait du Discours de rentrée académique d'octobre 1959, où le recteur Dubuisson dévoile le projet de transfert de l'université au Sart Tilman. Un domaine de 172 ha a en effet été acquis par l'État au mois de mars précédent, au profit de l'Université, qui compte cette année-là plus de 4500 étudiants.

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Cortège académique lors de la célébration du 150e anniversaire de l'Université au Centre Ville, en présence de S.M. le Roi Baudouin, suivie de la visite des premiers bâtiments du Sart Tilman et de la maquette qui présente l'ensemble du projet.

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