Mieux prévoir l’évolution des calottes glaciaires


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Selon un groupe de spécialistes du changement climatique sous la houlette de l’Université de Sheffield, les progrès en matière de modélisation permettent de se faire une meilleure idée de l’évolution future des calottes glaciaires, et l’élévation du niveau des mers causée par la fonte des glaces en Antarctique pourrait être deux fois moindre que ce qu’annonçaient d’importantes études publiées ces dernières années.

Pour la première fois, des chercheurs provenant de douze centres spécialisés du monde entier (dont l’ULB et l’ULg) se sont penchés ensemble sur les progrès réalisés en matière d’observation et de modélisation des variations de masse des calottes glaciaires. Leurs conclusions ont confirmé des résultats récents selon lesquels la contribution de la fonte de l’inlandsis antarctique à l’élévation du niveau des mers serait deux fois moindre qu'annoncé précédemment, une bonne nouvelle pour le futur. Toutefois, elles ont également corroboré d’autres résultats montrant une importante perte de masse de l’inlandsis groenlandais, que les chercheurs estiment deux fois supérieure à celle de l’Antarctique.

La poursuite de la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique occidental devrait accélérer sensiblement la hausse du niveau moyen des mers (qui équivaut actuellement à un peu plus de trois millimètres par an), étant donné que la proportion de la contribution de ces deux régions à l’augmentation du niveau des mers ne cesse de croître.
 
De nombreuses incertitudes demeurent toutefois quant aux projections futures, car les calottes glaciaires réagissent de façon complexe au changement climatique qui devient observable seulement maintenant grâce à l’utilisation de meilleurs modèles mathématiques.
 
Paru dans la revue Nature sous le titre de Ice-sheet mass balance and climate change, l’article expose comment l’amélioration des connaissances théoriques et les progrès des techniques de mesure qui utilisent des données radar, laser et satellitaires ont permis de réduire les incertitudes de modélisation et de prédire avec davantage de précision les effets du changement climatique sur le bilan de masse des calottes glaciaires et l’élévation du niveau des mers.

Selon Edward Hanna, professeur à la Faculté de Géographie de l’Université de Sheffield et auteur principal de l’article, « Nous avons, d’une part, des satellites équipés de toutes sortes d’instruments de mesure qui réalisent des observations du bilan de masse des calottes glaciaires et, d'autre part, des modèles informatiques qui simulent les répercussions du changement climatique sur celles-ci en se fondant sur l’état actuel de nos connaissances théoriques. Notre article, qui présente les dernières avancées réalisées en matière d’observation et de modélisation, constitue un travail de synthèse complet dans lequel pour la première fois ces deux aspects de la recherche sont traités ensemble. »

« Selon nos résultats, l’élévation du niveau des mers provoquée par la fonte de l’inlandsis antarctique pourrait être deux fois moindre que ce qu’annonçaient d’importantes études publiées il y a un an ou deux à peine. De plus, nos résultats confirment certaines conclusions antérieures qui notaient une accélération de la perte de masse de l’inlandsis groenlandais, à un rythme deux fois supérieur à celui de l’Antarctique. ».
 
Selon Frank Pattyn, professeur à l’Université libre de Bruxelles et coordinateur pour la partie modélisation du projet, « Depuis la publication du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 2007, une série d’avancées majeures en matière de modélisation mathématique de l’évolution des calottes glaciaires ont permis de prédire avec plus de précision les impacts du changement climatique sur celles-ci, tout en réduisant les imprécisions occasionnées par certaines méthodes d’observation par satellite. »

Selon le Dr Xavier Fettweis, chargé de recherches FNRS au Laboratoire de climatologie et de topoclimatologie de l’Université de Liège, co-auteur de l’article : « Modéliser la réponse de la cryosphère au réchauffement global est une tache très complexe à cause des différentes rétroactions qui emballent la fonte des calottes et donc amplifient les incertitudes dans nos projections futures. Cependant, cet article montre que, ces dernières années, les estimations de changement de masse des calottes glaciaires ont commencé à converger sauf en ce qui concerne la calotte glaciaire antarctique. »

Et le professeur Edward Hanna ajoute : « Cet article devrait faire autorité, tant auprès des chercheurs spécialisés dans différents domaines qu’auprès des organismes de financement de la recherche et des décideurs politiques. »

Notes aux rédacteurs

L’article intitulé « Ice-sheet mass balance and climate change » est le résultat d’une collaboration entre des experts provenant :  Department of Geography, University of Sheffield (Royaume-Uni), Universidad Politécnica de Madrid (Espagne), Laboratoire de Glaciologie, Université libre de Bruxelles (Belgique), Antarctic Climate and Ecosystems Cooperative Research Centre, Tasmania (Australie), Département de Géographie, Laboratoire de climatologie et de topoclimatologie, Université de Liège (Belgique), Jet Propulsion Laboratory, California Institute of Technology, Pasadena (USA), Engineering and the Environment, University of Southampton (Royaume-Uni), Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement, UJF – Grenoble,  CNRS (France), Polar Science Center, Applied Physics Laboratory, University of Washington (USA), University of California-Santa Cruz (USA), Department of Geography, Durham University (Royaume-Uni), NASA Goddard Space Flight Center, Cryospheric Sciences Laboratory, Greenbelt.

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