Nommé professeur de littérature hollandaise par Guillaume Ier dès la création de l'université de Liège, Johannes Kinker exercera la charge rectorale en 1828-1829. Il succède à Jean-Gérard-Joseph Ernst, recteur pour la deuxième fois en 1827-1828.

Kinker

 

Né et mort près d’Amsterdam, Johannes Kinker (1764-1845) inaugure à Liège une longue tradition de chercheurs voués à l’étude de la philologie. Après des études à Weesp, il s’inscrit en médecine à l’université d’Utrecht, tout en participant aux activités d’une Société de jeunes poètes. Il publie un premier recueil de poésies en 1786, qui lui vaut un procès pour atteinte aux bonnes mœurs. Délaissant la médecine, il opte pour le droit et obtient son diplôme utriusque juris en 1787. Exerçant au barreau de La Haye, il consacre une bonne part de son temps à la publication d’articles dans des journaux satiriques. Revenu à Amsterdam, Kinker s’adonne de plus en plus à l’écriture poétique. Il commet en outre plusieurs pièces de théâtre, dont deux drames allégoriques, Het Eeuwfest (1801) et Tafereel der jongste lotgevallen van Europa (1802), à la gloire de Napoléon, ce qui ne l’empêchera pas, plus tard, de célébrer avec lyrisme l’érection du royaume des Pays-Bas.

Passionné par la lecture de Kant, il s’efforce d’en diffuser la pensée en Hollande, s’exposant à d’épiques controverses avec d’autres philosophes (Nieuhoff, Feith). Traducteur de Schiller, Kinker transpose aussi le texte des cantates de Haydn et manifeste un intérêt pour la théorie musicale, avec, notamment, des Réflexions sur la musique des Grecs. Il en vient ainsi à se pencher sur les techniques de déclamation, puis à se lancer dans l’étude de la linguistique, avec pour intention de formuler une véritable théorie philosophique du langage.

De 1815 à 1817, il livre avec passion ses idéaux politiques dans son journal De Herhaauwer (le Ruminant). Cela lui vaut l’estime de Guillaume Ier et un poste de professeur de littérature hollandaise à l’Université de Liège (1817). Il y fonde la société Tandem, pour inciter les étudiants wallons à découvrir la langue et la culture des Pays-Bas. Recteur en 1828-1829, il est mis à mal par les patriotes liégeois en 1830 et contraint de rentrer en Hollande, au grand regret de bon nombre de ses étudiants, à qui il avait donné, en plus des cours officiels, des leçons privées de philosophie et de droit naturel.

Outre sa production littéraire et ses articles de journaliste, ses nombreuses publications témoignent du caractère étendu de son érudition et de sa curiosité intellectuelle portant à la fois sur la philologie, la linguistique, l’esthétique et la philosophie kantienne.

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Illustration :Jan Cornelis van Rossum, Johannes Kinker (1764-1845), Dutch poet & professor in Liege (Belgium). Collection Rijksmuseum Amsterdam, SK-A-2874. Geheugen van Nederland / Rijksmuseum Amsterdam

 

La révolution belge sera un moment difficile pour les universités. Les professeurs d'origine hollandaises sont renvoyés. Pour l'Université de Liège, c'est une véritable saignée. On entre dans une période de confusion qui durera jusqu'à la loi organique de 1835.
En décembre 1830, un arrêté prévoit que tout Belge peut présenter les examens universitaires, que l'usage exclusif du latin pour les cours et examens est suspendu. Mais des facultés sont supprimées dans les universités créées par Guillaume d'Orange. L'Université de Liège perd ainsi sa faculté de Philosophie et Lettres. C'est le premier pas vers une unique université d'État pour toute la Belgique, que souhaite le gouvernement provisoire. Les universités ripostent, des facultés libres y prennent place, qui seront reconnues rapidement.
En juillet 1831,  Philippe Lesbroussart est chargé par le ministre Teichmann de concevoir un projet de loi organique de rationalisation de l'enseignement universitaire. Il propose l'établissement d'une unique université d'État, où Liège n'aurait que la faculté des Sciences. Le projet est rejeté, mais le gouvernement ne l'enterre pas vraiment pendant plusieurs années. Profitant de la situation, une université catholique s'installe à Malines et une autre d'obédience libérale et maçonnique, dite libre, à Bruxelles.

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