L'arrêté royal du 8 mai 1924 permet désormais au Conseil académique de choisir son recteur parmi trois candidats soumis au vote. Le mandat reste de 3 ans. En 1925, pendant le rectorat d'Eugène Prost, des écoles moyennes de filles sont transformées en lycées. Ce bouleversement allait mettre fin à l'obligation pour les filles de présenter le jury central pour obtenir le titre indispensable à l'inscription à l'université.

Prost

Eugène Prost naît à Liège le 2 décembre 1861. Il devint docteur en Sciences chimiques de l’Université de Liège en 1884. Repéré par ses professeurs quand il était encore étudiant, il est nommé d’emblée préparateur dans le service du professeur de Koninck, qui enseigne la chimie analytique. Il est assistant l’année suivante du professeur Swing pour le cours de Chimie générale, fonction qu’il occupe jusqu’en 1888.

Il s’éloigne alors pour un temps de la vie universitaire. Entre 1889 et 1892, il travaille pour la Société G. Dumont et frères, une usine qui produit notamment du zinc, du plomb et de l’acide sulfurique. Prost y exerce les fonctions de chef du laboratoire central.

Il fait son retour à l’Université de Liège en 1894 pour un poste de chef de travaux en chimie analytique et docimasie et devient répétiteur de ce cours en 1895. À cette époque, Prost évolue dans le cadre de travaux pratiques de maîtres auprès desquels il reste dans l’ombre. Mais au début de l’année académique 1895-1896, il reçoit l’autorisation de donner un cours libre – c’est-à-dire hors cursus – intitulé Chapitres spéciaux de chimie analytique. Ce sont ses modestes premiers pas dans l’enseignement.

En 1937, l’École spéciale de commerce est créée, adossée à la faculté de Droit. Prost y est appelé à donner un cours de connaissance des produits industriels belges. L’année suivante, pour les étudiants des Facultés des sciences et de droit, il donne le cours de géographie industrielle et commerciale.

C’est en 1905 que sa carrière quelque peu balbutiante prend son envol. Il a alors 44 ans, c’est un décollage tardif à l’époque. Il devient professeur extraordinaire à la Faculté technique, avec la charge d’un cours qui lui correspond mieux, celui de Métallurgie des métaux autres que le fer. Il reste attaché à l’École spéciale de commerce pour le cours qu’il y donnait déjà, mais qui change d’intitulé en 1906 pour devenir le cours de Produits commerçables naturels et fabriqués. Il est enfin promu professeur ordinaire en 1910. Sa carrière se stabilise, malheureusement aux portes de la Première Guerre mondiale. Mais Prost a tracé son sillon, il est apprécié par ses étudiants, futurs ingénieurs civils, et en 1912 paraît son ouvrage majeur, récompensé, et intitulé Métallurgie des métaux autres que le fer.

Il exerce un mandat de recteur entre 1924 et 1927, une époque où la sortie de guerre commençait à porter ses fruits, et où l’Université de Liège regardait de nouveau résolument vers l’avenir avec optimisme, en particulier au sein de la Faculté technique, celle du recteur, où se pressaient des étudiants étrangers qui faisaient sa réputation.

Il est admis à l’éméritat en 1931, et décède en 1940.

 

En février 1924, Marie Delcourt déplore la difficulté pour les filles de s'inscrire à l'université
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Durant l'année académique [1923-1924], 132 étudiantes ont été inscrites dans les diverses facultés. Il n'y en avait pas la moité à l'armistice. Ce chiffre est élevé si on considère que Liège n'a pas de lycée de jeunes filles et que les futures étudiantes doivent se préparer soit dans des institutions privées, où l'on cherche plutôt à accélérer les études qu'à les approfondir, soit à la section d'athénée inaugurée à l'institut supérieur de la ville.

On ne saurait se le dissimuler : les jeunes filles belges qui veulent actuellement faire des études universitaires sont encore très loin de se trouver dans des conditions d'égalité avec leurs camarades masculins. Actuellement, Bruxelles, Anvers, Gand et Morlanwelz sont seuls à avoir des lycées complets. Liège a une section d'athénée annexée à l'institut supérieur des demoiselles.

Marie Delcourt a obtenu son diplôme de philologie classique à l'Université de Liège en 1919. Elle sera la première femme chargée de cours, à partir de 1929, non rémunérée au début. Le milieu universitaire est alors très mysogyne. Contrairement à ses collègues masculins, elle n'a jamais pu avoir d'assistant, ni de bureau, mais un cagibi qu'elle partageait avec d'autres, dans le hall de l'université.

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39045Photographie de groupe prise dans la cour, près de la salle académique. au centre, le recteur Eugène Prost, s.d., Musée Wittert ULiège, inv. 39045

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